Malgré tout nous avons continué le quotidien speedant et harassant qu'était notre vie : entre interviews, shooting photos, rencontres presse, tournage d'émissions, de clips, préparation de la tournée européenne de 2008 et surtout la tournée américaine de Février.
Stressés, pris entre nos concerts et nos examens que nous continuions à préparer Tom & moi pour obtenir et le bac et notre permis de conduire.
Nos relations quoique tendues en privées étaient cordiales devant les autres. Après tout, ils n'avaient pas à subir nos sautes d'humeur. Mais elles demeuraient malgré tout un véritable supplice pour nos nerfs.
Je pense qu'avec le temps j'aurai pu essayer de faire face.
Oui avec le temps j'aurai réussi.
Mais non content de me briser, il a aussi voulu me détruire.
Après un concert mémorable et délirant de ce trop plein d'émotions que je ne pouvais contenir, pleurant à chaudes larmes durant trois chansons sous l'½il interrogatif de Georg et Gustav, agacé de Tom et rempli de tendresse de la part des fans, je suis retourné dans notre loge commune après m'être comme d'habitude douché et remaquillé.
J'étais sur le point d'entrer dans la salle lorsque j'ai entendu les garçons entrer. C'est la voix de mon frère que j'ai entendue en premier, sanscapter le début de la phrase. Il semblait gêné, cherchant ses mots. J'étais presque sûr qu'il se tordait les doigts et qu'il avait la tête basse.
«... l'amour ensemble plusieurs fois. Pour être honnête, très souvent depuis deux ans, disait Tom, gêné.
-Mais vous êtes des malades ! Des déchirés de la tête !! Bordel c'est de l'INCESTE !!! Tu sais ce que ça veut dire ? Vous êtes frères, putain ! Jumeaux certes mais votre comportement démontre plus que vos cerveaux ont leurs putains de neurones déconnectés et pas en état de fonctionner qu'autre chose, s'énervait Georg, plus dégoûté qu'autre chose.
-Je sais , d'ailleurs, c'est pour ça que... commenca Tom.
-C'est pour ça que vous ne pouviez vous empêcher de vous sauter dessus chaque fois que vous aviez un coup dans le nez ... le coupa Gustav, songeur.
-... Ou envie de baiser, conclua le bassiste.
-Georg ! répondait Tom, outré, puis murmurant, Oui .
-Alors t'es bi ? demanda le batteur.
-Oui, répondit simplement mon frère.
-Mais Bill. Bill lui est gay. D'ailleurs .....!!! ça explique tout ! S'exclama Georg, soudain prit d'une illumination.
-Comment ca? questionna Gustav.
-Mais son look ! Il avait beau dire que c'était une directive de la maison de disques... ... En fait , il ressemblait trop à une nana et ça de plus en plus. Il exprimait en fait son homosexualité ! s'expliqua le plus âgé, fier de lui.
-Ca fait deux ans que vous pratiquez l'inceste pas vrai ? reprit plus sérieusement Gustav, faisant semblant de ne pas avoir entendu son ami déblattérer sur mon style.
-Oui. Enfin de façon plus sérieuse et adulte je veux dire. Enfant on se câlinait, on se touchait mais rien de très poussé, avoua le concerné.
-Je vois, termina Georg.»
Le ton de sa voix était sans équivoque, sans appel. Exprimant clairement ce qu'il ressentait. J'avais réussi a passer un oeil entre le chambranle et la porte. Aucun ne me voyait, par contre, moi, je les observais. Je restais là, pétrifié , incapable de réagir ni même de dire quoique ce soit. J'avais l'impression que mon c½ur s'était arrêté de battre, qu'on m'arrachait la peau et que chaque cellule de mon être étaient mise à nue sous la brûlure d'un alcool trop puissant et qui me rongeait.
Mon propre frère me trahissait. Mon jumeau. Il avait osé. Nous dénoncer, sans même me demander mon avis. Me laisser me faire insulter par mes meilleurs amis sans rien faire. Il me trahissait et ça lui paraissait normal. Il devait certainement imaginer le pauvre agneau traîné dans la boue, sali, souillé. Et dans toute cette histoire qu'il se faisait dans sa tête et pire, dans la réalité, il ne prenait pas ma défense.
«De toutes façons, tout ça, c'est du passé. Je lui ai dit que c'était fini, reprit mon frère, sur un ton qui semblait résolu.
-Quand ? questionna Gustav.
-Y'a un mois environ, repondit Tom, évasif.
-A cause de ta meuf c'est ça ? C'est donc ça la raison du comportement insupportable de Bill ces derniers temps alors ? demanda Georg.
-Oui. Et puis aussi parce que ça ne pouvait plus durer. Je ne le supportais plus. Franchement, c'était trop. C'est mon frère, je le sais . Mais là son attitude a fait que je ne le vois plus comme tel mais comme une source d'emmerdes. J'en peux plus. Il m'étouffe, s'empressa de dire Tom, énervé et épuisé.
-T'es dur Tom là ! Lui fit remarquer notre batteur.»
A ces dernières paroles, j'ai refermé la porte entrebâillée,furieux, j' ai rassemblé mes affaires en quelques secondes, puis ai pris la direction d'un des vans. Les autres se partageront le deuxième. Je m'en moque. Lorsque je suis monté dans l'auto, la seule chose que j'ai dite au chauffeurc'est «Roulez» Puis j'ai repéré un coin tranquille. Je suis descendu, mon garde du corps à mes trousses. Je lui ai bien fait comprendre du regard qu'il n'avait pas intérêt a me suivre.
Et j'ai fui. J'ai pris mes jambes à mon cou. J'ai couru dans la nuit. Couru sans m'arrêter. Sans même savoir ou j'allais. Tout pour échapper à ces paroles qui me poignardaient, sa voix méprisante qui m'écrasait , sa haine qui me niait , me reniait et m'effaçait. Je me suis promis ce jour que plus jamais il ne voudrait une telle chose. Il fallait juste trouver le moyen.
Je ne sais combien de temps j'ai couru. Peut être cinq minutes, peut être dix. Ou bien une heure. Ou deux. Quelle importance! Lorsque mes jambes ne m'ont plus porté, je me suis écroulé sur le sol pris de spasmes le c½ur au bord de l'éclatement. Mon dos calé contre l'écorce de cet arbre. J'aurai tellement aimé sentir le torse de Tom sous mon dos en cet instant. Mais il me fallait me contenter de cette matière griffante et râpeuse.
Puis j'ai basculé les genoux sur le sol et j'ai hurlé. Hurlé à la mort, hurlé de toute mes forces, les mains enfoncées dans la terre, mes larmes roulant sur mes joues. De toute ma souffrance, j'ai hurlé. Ca venait de très loin , de mes entrailles, de mon âme. Un cri rauque de bête mise à mort. D'ailleurs, c'est ce que j'étais . Une bête à l'agonie. Un jeune homme presque mort. Et à cet instant, j'ai ressenti de la panique. Mais ce n'était pas la mienne. Tom. Qu'il aille se faire voir. A partir de maintenant, je refuse qu'il ressente mes émotions. Il ne veut plus que l'on soit jumeaux, encore moins frères, alors je ne le serai plus. Parole de Bill Kaulitz.
Après bien des larmes et de cris, j'ai rejoint le van qui m'attendait sagement. Le garde du corps m'a tendu un mouchoir avant de me laisser monter à l'arrière, lui à mes côtés. Je n'ai pas eu besoin de demander mon chemin, je savais que quoi que je demande, ils me conduiraient a l'hôtel. On les a voulu, ces hôtels, on les a eu.
Je suis monté me coucher directement. Par chance, Tom n'a pas eu mon pass, et je m'effondre sur mon lit, sans même prendre le temps de me déshabiller. Je meurs de froid. Je meurs. Je me sens mourir peu à peu. Bill Kaulitz commence a disparaître. Doucement. Ce frère dont il n'a jamais voulu s'éteint lentement. Dans ce froid glacial, bien que les radiateurs soient au maximum et la pièce empli d'une chaleur bienveillante.
Il toque a ma porte, mais je ne réponds pas, les yeux fixés sur le plafond gris du soir, mais il frappe plus fort. «Bill, ouvre !» Je n'ouvrirai pas. Je n'ouvrirai plus jamais. Ton petit frère est mort.